Araignée libertaire

08 mai 2012

Glissement de terrain

 Ô que la pente est douce et que l'herbe est fraîche !
Et tellement inespérée.
Tant et tant qu'elle fait rêver...
Rêver à en picorer le sommeil,
repos grignoté pour regarder la Terre tourner...
Elle tourne la Terre ! Oui elle tourne
autant que ma pauvre tête qui n'arrête pas de marcher.
Errances ? ou pérégrinations ?
Douce transhumance sur cet alpage fleuri
où me mènent chaque nuit et chaque écrit.
Pas à pas je gravis...
Escalade folle où mes pieds finissent par ne plus être assurés,
enivrée de de cet air pur que je respire à pleins poumons,
dans cette herbe si fraîche où je me roule à foison,
sans voir la faille grotesque qui me rit au nez !
en occultant cette crevasse que pourtant je connais.
Vas-y, continue ! Arrose-la cette herbe !
Cueille-les ces fleurs !
Et respire encore.
Vas-y, continue ! Dévore ! A satiété !
A t'en faire péter les neurones et l'espoir !
Pauvre poire.
Frotte-toi encore au plaisir du désir inespéré !
Car tu sais très bien que la pente va glisser...
que la terre sous tes pieds va peu à peu se dérober.
Que la Terre arrêtera de tourner.
Tu sens si bien comme ça penche...
comme la frontière est ténue et peut vasciller.
Tu sens si bien...
comme vous allez tomber !
Mais pas du même côté.

 

 

 

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06 mai 2012

A flot

 


Je voudrais t'écrire deux mots...
une sorte d'avant-propos.
Parfois, je voudrais t'écrire trois mots,
des mots à peine éclos,
et continuer mot à mot.
Je voudrais t'écrire dix mots
dix mots un peu barjos
sortis tout droit de mon cerveau,
et cinquante mots comme un ruisseau,
des mots à tire-larigot.
Je voudrais t'écrire cent mots
cent mots au chalumeau,
au brûlot de mes mots.
Je voudrais t'écrire mille mots
dolcissimo...
murmurés à ton oreille gémeau.
Je voudrais t'écrire des mots et des mots,
des mots de plus en plus beaux
mille mots au galop
de mon coeur in petto.
Je voudrais t'écrire dix mille mots
in extenso de mes vertigos.
Je voudrais t'écrire tant de mots
crescendo...
à en perdre mon chapeau.
Des mots et des mots...
quelques fois incognito.
Et puis cent mille mots
comme un concerto
allegro, fortissimo !
Des millions de mots pour caresser ta peau...





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27 avril 2012

Egotiquement moi

 

combien de temps attendre encore
pour que l'on m'offre ces mots là
combien de temps attendre encore
pour que meurent les autres que moi

ego, centrée sur ma pauvre peau
je me ronge le coeur jusqu'à la peur
egocentrée, je me tanne la peau
me ronge les os jusqu'aux douleurs

à racler les fonds de tiroirs
je me tue à broyer du noir
aussi noir que m'enlise la nuit.
tire-toi ! à grandes jambes fuit !

combien de temps rêver encore
ces mots absents qui me dévorent
combien de temps rêver encore
d'un coeur au changement de décor

ego, centrée sur ma pauvre peau
je me ronge le coeur jusqu'au noyau
pour qu'il finisse par être sourd
et ne rêve plus de mots d'amour

 

 

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13 avril 2012

Rimes A Tes Pieds

 

 

 

 

 

Aux portes de mes lèvres
je laisserai suspendue


la clé des mots de fièvre
de mon âme mise à nu.


Si ton coeur sait déjouer,
de mes pudeurs, les verrous,
tu pourras déshabiller
mes nuits de ton amour fou.

 

 

 

 

 

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22 février 2012

Tranche de vie

 

des mots à l'envers
des maux à l'endroit
en rangs de gnons
la tête en bas
entre les lignes
s'ouvrent nos ventres
nos tripes à nu se dénouent
nos vies en joue
mises bout à bout
à l'abattoir de nos nuits noires
sur le billot de nos déboires
crachent leurs veines
de cantilènes 
à perdre haleine 

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16 janvier 2012

Des spaghetti dans le gosier

 

Mon père possédait un langage fleuri de spaghetti.
Une de ses expressions favorites était "ils noïsonka". Traduction : "ils n'ont qu'à...."
Mon père remaniait la langue sans vergogne et opérait une contraction italo-française de son cru : le "n'ont" se muait en "nous" italien (noï), gardait la liaison du "s" pour s"associer au verbe avoir conjugué et finir dans un tonitruant "ilnoïzonka !"

Ilnoïzonka ponctuait ses conversations lorsqu'il il relatait avec véhémence  les faits du jour qui l'avaient passablement énervé. Ilnoïzonka était la conclusion ultime, brandie au tempo identique de ses mains qui brassaient l'air pour bien montrer son agacement.
Son langage s'ornait aussi de nombreux "bzi". Lui qui était bien souvent l'indélicatesse même se targuait de posséder une grande bzicologie. Fier d'avoir lu les grands bzichanalistes du siècle dernier, le bzzzi retentissait comme un gong et rebondissait en feu d'artifice au bord de ses lèvres pour illuminer ce bagage qu'il aimait étaler.
Tout cela me pousse à dire que ceux qui ne comprenaient pas mon père, ilnoïzonka voir un bzzzi !

Pendant que mon père se débattait avec les démons des bzis et des noïzons, ma mère faisait tranquillement son marché en achetant des poareaux et des œufs froids. Quand ma mère rentrait de son expédition au bas de la rue le panier chargé de victuailles, mon père ne pouvait s'empêcher de s'immiscer dans la cuisine, véritable  domaine maternel.
Les jours où elle fabriquait des raviolis frais, mon père venait mettre son grain de sel et ajouter toutes sortes d'ingrédients à la farce. Alors ma mère entrait dans une fureur progressive lui reprochant trop de ci ou trop de ça qui allait rendre la subtile farce trop grasse ou trop salée.
Ces deux mondes, l'un tout en retenue et l'autre tout en excès, s'affrontaient à coups de jambon de parme et de parmesan, veau maigre contre bœuf gras. La bataille rangée  commençait en français, se continuait en italien pour terminer en pugilat bergamasque.
Quand, au loin dans la maison j'entendais l'opéra familial prendre son crescendo irréversible, j'évitais de pointer mon nez dans la cuisine et voyais soudain mon père expulsé de la pièce en maugréant tandis que ma mère fulminait encore à grands cris. Il n'y avait plus qu'à attendre que les fameux ravioli soient prêts, que les invités arrivent, et  se régaler sous l'œil de ma mère qui fustigeait mon père d'un regard qui en disait long sur  les immanquables excès qu'elle avait du encore une fois canaliser sous peine de manger un met regorgeant de graisse et de sel.

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12 mai 2011

Meringuez-moi

 

Elle est devant la vitrine et ses joues rondes de petite fille rosissent,
Rosissent,
Rosissent de plaisir.
Elles sont là !
Ses yeux gourmands lèchent, lèchent la la vitre,
Elles sont là !
Son impatience tire sur la jupe de sa mère, tout son petit corps frémit, frissonne, trépigne.
Les meringues chéries sont venues au rendez-vous. Dans leurs robes de sucre, elles se pavanent au présentoir,
Juste avant...
Et la petit fille danse, danse avec elles la gigue de l'eau qui monte à la bouche.
Elle sautille,
Elles sont là...
Ah là là !

Puis vient son tour, la boulangère vend le pain à sa mère.
"Maman ! " qu'elle s'écrie, son doigt crasseux tapotant la vitrine où trônent les gâteaux qu'elle dévore de tous ses voeux.
Elle arrive la boulangère.
Voilà, elle arrive.
"Celle-là ! " qu'elle dit la petite fille.
"Et puis celle-là. J'en veux une de chaque couleur, celle-là aussi ! " qu'elle dit.

Les trois meringues,
Jaune
Verte
Rose
Docilement se glissent dans le petit sac en papier blanc.
Le regard langoureux, les yeux dans le blanc des oeufs,
La petite fille s'en va...
Et engloutit les trois.

 

 

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02 mai 2011

Funambrûle

 

Connaissez-vous ce funambule ?
Celui au nom à particule.
Il est né dans un drôle de cirque,
Fils d'un grand dompteur de berniques.

Perché sur le fil du rasoir,
Les pieds chaussés de ses déboires,
Toutes les nuits il déambule...
A travers sa vie somnambule.
Jamais il n'avance. Il recule,
Jean-Hercule.

Un verre d'alcool dans chaque main,
Il oscille entre bière et vin,
Soudain son équilibre tangue,
A faire se délier les langues.
Il fonce tout droit vers le big bang,
Jean-Hercule.

Si vous passez près de sa piste
Où il voltige, l'équilibriste,
Surtout ne le réveillez pas
Il pourrait bien tomber très bas.

C'est un étrange fildefériste
A la démarche surréaliste.
Sur le filin de ses chimères,
Il ne marche pas les pieds sur terre.
C'est sans filet qu'il affabule,
Jean-Hercule.

C'est sous les applaudissements
Qu'il monte vers le firmament.
Une étoile vraiment pas banale
Au grand cirque du phénoménal.
Un virtuose sans préambule,
Jean-Hercule !

 


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28 septembre 2010

Etoile d'araignée


Une étoile est tombée dans ma toile d'araignée.
Un petit bout de firmament échoué sur mes filaments.
Tapie au recoin sombre de ma toile, je l'admire.
Muette comme une ombre, je guette…
Je guette ses soupirs.

Étoile
Prisonnière
Du piège de l'épeire.
Et ma toile
Étoilée
D'une étrange rosée…

Toi l'astre, tu scintilles, de mille feux tu brilles.
Moi l'insecte velu, je te boufferai bien tout cru.
Tout cru !

Tu brilles, tu scintilles, tu pétilles, et tu te fous de mon cœur de malheur coincé sur ta lueur.
Dans ton ciel t'étincelles et fais fi de celle qui la nuit se languit d'avaler ta voie lactée.

Oh l'étoile entoilée
Moi la vile araignée,
Je me fais du cinoche.
Je rêve qu'on se rapproche.
Je rêve qu'on se rapproche…

Et en catimini, j't'applaudis, j' te glorifie, pendant que toi tu ignores à quel point j'te dévore ;
pendant qu' toi tu ignores comme je rêvais d'unisson dans ma toile de fond.

Amoureuse araignée
Tombée sur le plancher,
De l'aube je suis jalouse,
Quand sa lumière t'épouse.


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03 juin 2010

Four Roses


Tu as cueilli mon cœur
Comme on décroche la lune.
Comme on cueille une fleur,
Moi j'ai décroché...tes burnes.

A tes pieds je dépose
Mes poèmes et ma prose
...et des guimauves.
Mon amour, si ce soir
Mon ciel est si morose,
C'est parce que jamais
Tu ne m'offres de roses.

Tu m'as croqué, mignonne,
Comme on mord dans un fruit.
Comme on croque une pomme,
Moi j'ai mordu...ton vît.

A tes pieds je dépose
Quelques bouquets moroses
...et des guimauves.
Mon amour, si ce soir
Mon ciel devient fort rose
C'est parce que j'aimais
Ton bouquet de cirrhose.

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