Une araignée au plafond

16 janvier 2012

Des spaghetti dans le gosier

 

Mon père possédait un langage fleuri de spaghetti.
Une de ses expressions favorites était "ils noïsonka". Traduction : "ils n'ont qu'à...."
Mon père remaniait la langue sans vergogne et opérait une contraction italo-française de son cru : le "n'ont" se muait en "nous" italien (noï), gardait la liaison du "s" pour s"associer au verbe avoir conjugué et finir dans un tonitruant "ilnoïzonka !"

Ilnoïzonka ponctuait ses conversations lorsqu'il il relatait avec véhémence  les faits du jour qui l'avaient passablement énervé. Ilnoïzonka était la conclusion ultime, brandie au tempo identique de ses mains qui brassaient l'air pour bien montrer son agacement.
Son langage s'ornait aussi de nombreux "bzi". Lui qui était bien souvent l'indélicatesse même se targuait de posséder une grande bzicologie. Fier d'avoir lu les grands bzichanalistes du siècle dernier, le bzzzi retentissait comme un gong et rebondissait en feu d'artifice au bord de ses lèvres pour illuminer ce bagage qu'il aimait étaler.
Tout cela me pousse à dire que ceux qui ne comprenaient pas mon père, ilnoïzonka voir un bzzzi !

Pendant que mon père se débattait avec les démons des bzis et des noïzons, ma mère faisait tranquillement son marché en achetant des poareaux et des œufs froids. Quand ma mère rentrait de son expédition au bas de la rue le panier chargé de victuailles, mon père ne pouvait s'empêcher de s'immiscer dans la cuisine, véritable  domaine maternel.
Les jours où elle fabriquait des raviolis frais, mon père venait mettre son grain de sel et ajouter toutes sortes d'ingrédients à la farce. Alors ma mère entrait dans une fureur progressive lui reprochant trop de ci ou trop de ça qui allait rendre la subtile farce trop grasse ou trop salée.
Ces deux mondes, l'un tout en retenue et l'autre tout en excès, s'affrontaient à coups de jambon de parme et de parmesan, veau maigre contre bœuf gras. La bataille rangée  commençait en français, se continuait en italien pour terminer en pugilat bergamasque.
Quand, au loin dans la maison j'entendais l'opéra familial prendre son crescendo irréversible, j'évitais de pointer mon nez dans la cuisine et voyais soudain mon père expulsé de la pièce en maugréant tandis que ma mère fulminait encore à grands cris. Il n'y avait plus qu'à attendre que les fameux ravioli soient prêts, que les invités arrivent, et  se régaler sous l'œil de ma mère qui fustigeait mon père d'un regard qui en disait long sur  les immanquables excès qu'elle avait du encore une fois canaliser sous peine de manger un met regorgeant de graisse et de sel.

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12 mai 2011

Meringuez-moi

 

Elle est devant la vitrine et ses joues rondes de petite fille rosissent,
Rosissent,
Rosissent de plaisir.
Elles sont là !
Ses yeux gourmands lèchent, lèchent la la vitre,
Elles sont là !
Son impatience tire sur la jupe de sa mère, tout son petit corps frémit, frissonne, trépigne.
Les meringues chéries sont venues au rendez-vous. Dans leurs robes de sucre, elles se pavanent au présentoir,
Juste avant...
Et la petit fille danse, danse avec elles la gigue de l'eau qui monte à la bouche.
Elle sautille,
Elles sont là...
Ah là là !

Puis vient son tour, la boulangère vend le pain à sa mère.
"Maman ! " qu'elle s'écrie, son doigt crasseux tapotant la vitrine où trônent les gâteaux qu'elle dévore de tous ses voeux.
Elle arrive la boulangère.
Voilà, elle arrive.
"Celle-là ! " qu'elle dit la petite fille.
"Et puis celle-là. J'en veux une de chaque couleur, celle-là aussi ! " qu'elle dit.

Les trois meringues,
Jaune
Verte
Rose
Docilement se glissent dans le petit sac en papier blanc.
Le regard langoureux, les yeux dans le blanc des oeufs,
La petite fille s'en va...
Et engloutit les trois.

 

 

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02 mai 2011

Funambrûle

 

Connaissez-vous ce funambule ?
Celui au nom à particule.
Il est né dans un drôle de cirque,
Fils d'un grand dompteur de berniques.

Perché sur le fil du rasoir,
Les pieds chaussés de ses déboires,
Toutes les nuits il déambule...
A travers sa vie somnambule.
Jamais il n'avance. Il recule,
Jean-Hercule.

Un verre d'alcool dans chaque main,
Il oscille entre bière et vin,
Soudain son équilibre tangue,
A faire se délier les langues.
Il fonce tout droit vers le big bang,
Jean-Hercule.

Si vous passez près de sa piste
Où il voltige, l'équilibriste,
Surtout ne le réveillez pas
Il pourrait bien tomber très bas.

C'est un étrange fildefériste
A la démarche surréaliste.
Sur le filin de ses chimères,
Il ne marche pas les pieds sur terre.
C'est sans filet qu'il affabule,
Jean-Hercule.

C'est sous les applaudissements
Qu'il monte vers le firmament.
Une étoile vraiment pas banale
Au grand cirque du phénoménal.
Un virtuose sans préambule,
Jean-Hercule !

 


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28 septembre 2010

Etoile d'araignée


Une étoile est tombée dans ma toile d'araignée.
Un petit bout de firmament échoué sur mes filaments.
Tapie au recoin sombre de ma toile, je l'admire.
Muette comme une ombre, je guette…
Je guette ses soupirs.

Étoile
Prisonnière
Du piège de l'épeire.
Et ma toile
Étoilée
D'une étrange rosée…

Toi l'astre, tu scintilles, de mille feux tu brilles.
Moi l'insecte velu, je te boufferai bien tout cru.
Tout cru !

Tu brilles, tu scintilles, tu pétilles, et tu te fous de mon cœur de malheur coincé sur ta lueur.
Dans ton ciel t'étincelles et fais fi de celle qui la nuit se languit d'avaler ta voie lactée.

Oh l'étoile entoilée
Moi la vile araignée,
Je me fais du cinoche.
Je rêve qu'on se rapproche.
Je rêve qu'on se rapproche…

Et en catimini, j't'applaudis, j' te glorifie, pendant que toi tu ignores à quel point j'te dévore ;
pendant qu' toi tu ignores comme je rêvais d'unisson dans ma toile de fond.

Amoureuse araignée
Tombée sur le plancher,
De l'aube je suis jalouse,
Quand sa lumière t'épouse.


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03 juin 2010

Four Roses


Tu as cueilli mon cœur
Comme on décroche la lune.
Comme on cueille une fleur,
Moi j'ai décroché...tes burnes.

A tes pieds je dépose
Mes poèmes et ma prose
...et des guimauves.
Mon amour, si ce soir
Mon ciel est si morose,
C'est parce que jamais
Tu ne m'offres de roses.

Tu m'as croqué, mignonne,
Comme on mord dans un fruit.
Comme on croque une pomme,
Moi j'ai mordu...ton vît.

A tes pieds je dépose
Quelques bouquets moroses
...et des guimauves.
Mon amour, si ce soir
Mon ciel devient fort rose
C'est parce que j'aimais
Ton bouquet de cirrhose.

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27 avril 2010

Le miroir de Faust


Elle regardait souvent son corps d'homme à la fleur de l'âge. Mais sa viande à elle était déjà flétrie. Qu'espérait-elle ? Que tel Faust, elle rajeunirait son corps dans d'une longue étreinte alors que son âme ne vieillissait jamais ?
Fondre sa peau sur la sienne comme un miroir sans tête qui lui réfléchirait une autre image...Une image dont les années fastes était désormais révolues. Une image brouillée par le temps qui passe, une image qui lentement s'efface...
Une image. Il ne restait d'elle à ses propres yeux que cela, oubliant que dans sa chair martelée par le temps il y avait toute une vie, une vie bien remplie d'innombrables expériences. Oubliant...
Elle aurait voulu l'embrasser pour lui raconter tout cela tacitement dans un baiser. Un long baiser...de ceux qui embrasent le corps entier. De ceux qui font perdre la tête à la renverse des sens, à langues déliées. Elle aurait voulu caresser son corps et regarder ses mains se dérider. Elle aurait voulu lécher sa peau et retrouver le goût de sa propre jeunesse, avaler goulûment sa fraîcheur pour s'en imprégner.
Qu'il entre dans sa chair, et tel un piston qu'il chasse peu à peu ce reflet dont le tain ne renvoyait plus grand chose.
Alors, comme d'habitude, elle s'est tenue à quelques pas de lui et elle l'a regardé, sans un signe, sans sourciller, le buvant imperceptiblement des yeux.


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23 janvier 2010

Libertinâge


Vos yeux espiègles lutinant la vie
A mon regard j'aimerais qu'ils sourient.
Une comptine
Juste en sourdine
Une histoire pas très sage
Qui oublierait nos âges
Le temps d'un effeuillage.

Vos doigts agiles sur l'ivoire du piano
J'aimerais qu'ils jouent le long de mon dos
Une musique
Pas très pudique...
Un air de pas y toucher,
Une chanson amarrée
A mes reins...très accordée.

De vos rimes délicieuses les caresses,
J'aimerais quelles se posent, pécheresses.
Comme un poème
Un peu bohème.
Les mots quelque peu brûlants
De la fougue de vos vingt ans
Pour une valse, hors du temps...

Et si j'osais dire que votre sourire,
De mes lèvres j'aimerais tant le cueillir.
Un baiser volé,
Larcin effronté.
Des convenances, je m'en balance !
Et vous ?
Jetteriez-vous aux orties la bienséance ?
Jeune homme
Accordez-moi cette danse...

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25 septembre 2009

Chacal Song (bis)

Texte réécrit pour Debout les Mots #4
Sur la musique de Lou Ysar  "Les Oiseaux Loups"

J'ai tué les mirages,
mots d'amour qui ravagent.
J'ai mordu les mains qui
ont caressé ma vie,
et jeté les songes
comme on jette l'éponge.
Émotions qui rongent.

J'ai blindé mon cœur tendre
qui en crève d'attendre,
qui ne peut plus t'attendre.
Jeté les sentiments
au vent du néant.
Enfin seul dans mon trou,
fermé les verrous.

Du fond de ma tanière
je regarde la Terre
tourner, et je serre
mes rêves sur mon cœur,
une petite lueur,
en attendant les jours bonheur.

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Dans mes poches

Texte "Les petits cailloux" réécrit pour Debout Les Mots #4
Sur la musique de Bastien Lucas "Trois cailloux Blancs"

Ma peau se souvient
Des morceaux de bois
Des petits bouts de verre
Du goût de la terre
Du goût du rire et du chagrin.

Dans mes poches, il y a des grimaces
Un pied d'nez et des étincelles
Il y a une petite limace
Trois cailloux dans mon escarcelle
Il y a mes huit ans pour de rire
Je n’suis pas pressée de grandir.

Jusqu'au bout de mes doigts
Ma peau se souvient...
Les morceaux de bois,
Les cailloux, les trésors,
Ils y sont encore,
Avec les rires et les chagrins.

Dans mes poches, il y a des étoiles,
Des comètes et un bout de lune.
Il y a trois ou quatre poils
Arrachés à l’Ogre des dunes.
Il y a le Petit Poucet
Et les cailloux qu’il ramassait.

Jusqu'au bout de mes doigts
Ma peau se souvient
Des morceaux de bois.
Des petits bouts de verre,
Ces fragments d'hier
Au creux de ma main.
Juste au bout de mes doigts
Un tout petit air,
Ma peau se souvient.
Sur le bout de mes doigts
Comme une clairière
Ouverte sur les lendemains.

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19 septembre 2009

Le grand foutoir

Mon père était un bourgeois.
Ma mère une prolétaire.
Mon arrière grand-mère, on l'appelait sorcière ;
Mon grand-père, le Roi de la mécanique.
Mes oncles peignaient des tableaux ou régnaient dans l'artistique.
Mes tantes cousaient des robes pour les riches.
Ma grand-mère était nourrice et boniche.
Mon autre grand-père était mineur.
Pendant ce temps là,
Mon autre grand-mère prenait le thé chez sa sœur.


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